Dédé de NOUMEA

Qui est Gérard Jodar ?

Soutenu « jusqu’à la mort » par ses proches de l’USTKE, honni par une partie croissante de la population, Gérard Jodar est devenu le personnage le plus controversé de Calédonie. Retour sur le parcours, la stratégie et les objectifs d’un homme acculé.

Trotskiste de formation, dynamiteur de ponts en Guadeloupe, « gourou » d’une « secte syndicale » et futur citoyen d’honneur de la ville de Paris… Dans les conversations, sur les tracts ou sur Internet, de folles rumeurs flottent autour de Gérard Jodar, 57 ans, président de l’USTKE. La mayonnaise a pris avec le conflit Aircal (toujours pas réglé), à tel point que les manifestations anti-blocages sont devenues des défilés anti-Jodar (« au placard »).
Quand on présente ces on-dit à l’intéressé, il proteste énergiquement : « Tout est faux. » « C’est du lynchage, ça m’est arrivé aussi », appuie le député européen José Bové, ami du leader USTKE. « C’est ce que l’on fait quand on ne parvient pas à régler les problèmes de fond ».
Pour commencer, « je n’ai jamais mis les pieds en Guadeloupe », affirme Gérard Jodar. Les curriculum vitae que lui consacrent les forces de l’ordre depuis vingt ans le confirment : aucun agitateur nommé Jodar n’a été repéré dans les archives antillaises.
Idem pour le corpus idéologique qu’on lui prête. « Je n’ai jamais été au parti communiste, ni à la CGT. » Et à la Ligue communiste révolutionnaire, comme l’affirment certains détracteurs ? « Non plus. (...) Tout ce que je faisais avant de venir ici, c’est un peu de planche à voile, plaisante-t-il. J’avais quoi, à l’époque ? Dix-huit ? Dix-neuf ans ? »
Soudain, le sourire revient, sous un masque de fatigue. Ah ! L’arrivée en Calédonie en 1971… L’achat d’un billet d’avion « tour du monde » avec un copain d’armée. L’escale à Nouméa (« je ne savais même pas qu’on parlait français, on ne nous apprenait rien sur la Calédonie à l’école »). Puis les voyages dans le Nord, à pied ou en stop. Et pour finir, les billets retour jetés aux toilettes. « En tirant la chasse, je me suis dit : on n’a plus le choix. Il faut trouver un travail. »
Ce sera d’abord un job de serveur dans le magasin Drug’Foch, au centre-ville. Quelques mois plus tard, le natif de la banlieue lyonnaise aperçoit une annonce de la compagnie UTA (future Air France puis Aircalin). Il sera « télétypiste » aux réservations, puis agent de fret.
Et le syndicalisme, alors ? Tout commence avec un mandat de délégué du personnel, en 1978, sans étiquette. « Les copains m’ont dit : tu sais parler, vas-y. » Dans la foulée, il fonde un syndicat autonome local, le STAR (lire la bio express). Mais la première grève se passe mal. Au dernier moment, « beaucoup ont trouvé un bon prétexte pour aller travailler, ça a été une grande déception. » Le syndicalisme le rattrape en 1981, quand un receveur OPT de Tontouta lui propose de rejoindre une nouvelle structure. Ce jeune homme au discours enflammé, Gérard Jodar le côtoyait tous les jours au fret. Il s’appelle Louis-Kotra Uregeï et allait fonder l’USTKE.
« Depuis ce jour, il a fait preuve d’une loyauté sans faille à l’égard de l’USTKE et de l’indépendance de ce pays », atteste LKU, qui l’a « choisi » pour lui succéder à la tête de l’organisation en 2000. Entre les deux hommes, il y aurait des divergences au sujet de la méthode employée récemment à Aircal. Des déchirements, même, assurent des sources internes.

Dans les conversations, sur les tracts ou sur Internet, de folles rumeurs flottent autour de Gérard Jodar.

« Je donne mon avis, en tant que fondateur et président honoraire, corrige LKU. Mais en aval, pas en amont. (...) Bien sûr, il y a des désaccords au sein de l’USTKE. Quelquefois, c’est même la foire d’empoigne ! C’est cela, la démocratie. Mais une fois que la décision est prise, elle devient celle de tout le monde. »
« C’est sûr que personne ne vous dira autre chose à l’USTKE, ironise un ancien adhérent. En réalité, tout se décide entre Jodar, Safoka et Goyetche. Il impose ses choix, les autres exécutent. LKU n’arrive plus à le gérer. Les adhérents ? Ils en sont conscients mais ils obéissent quand même. C’est du bourrage de crâne, je ne sais pas où ça va aller. »
Jodar le dictateur ? L’idée fait sourire les permanents de la Vallée-du-Tir. Jodar l’extrémiste ? « Il y a un vrai paradoxe, glisse une éminence du Medef. D’un côté, des discours durs, des blocages. De l’autre, dans les institutions où il siège (le FSH, la Cafat, le Conseil économique et social), on trouve quelqu’un de réglo, technique, structuré. Je pense qu’il a une vraie stratégie de prise de pouvoir, politique et économique, et qu’il ira jusqu’au bout. »
Rien de tel, proteste l’intéressé. Juste une suite de conflits dans lesquels « on a été totalement absorbés [parce qu’] un certain nombre de gens s’évertuent à nous y laisser, pour nous rendre impopulaires ».
Ces « gens » y parviennent-ils ? Incontestablement, les manifestations de 2008 et 2009 n’ont pas l’envergure des crus précédents. Certains cadres (Pierre Chauvat, Alain Boewa) ont pris leurs distances depuis le retrait des instances du dialogue social. Un signe ? Le congrès de fin d’année le dira. Le poste de président sera remis en jeu. Gérard Jodar se présentera pour un quatrième mandat devant les militants.

 

Bio express 

 

1952 : naît à Givors, près de Lyon. Enfance à Vénissieux.
1971 : arrive à Nouméa, après le lycée et l’armée. Serveur au magasin Drug’Foch, puis « télétypiste » chez UTA à Tontouta.
1978 : devient délégué du personnel non syndiqué, puis monte le Syndicat des transports aériens réunis (STAR). Première grève.
1981 : adhère à l’USTKE au moment de sa fondation.
1982 : intègre le bureau exécutif.
1989 : l’USTKE quitte le FLNKS.
1992 : devient permanent syndical à cent pour cent.
2000 : succède à Louis-Kotra Uregeï à la présidence de la centrale.

 

Argent, grèves et affaires...  Combien gagne-t-il ?


Gérard Jodar affirme percevoir « 510 000 francs brut » par mois, pour son poste d’agent de fret à Tontouta Air Service (TAS), la société détenue à 35 % par ses salariés. Son siège au conseil économique et social lui rapporte « entre 40 000 et 150 000 francs » mensuels, selon le rythme des réunions. Ses revenus varient donc entre 550 000 et 660 000 francs par mois.

Quelles affaires gère-il ?


Au registre du tribunal d’instance, le nom de Gérard Jodar est lié à quatre sociétés. D’abord l’entreprise d’assistance aéroportuaire Tontouta Air Service (TAS, 1,2 milliard de chiffre d’affaires), au sein de laquelle Gérard Jodar est administrateur, au nom de la SCP (Société civile de participation). La SCP représente les salariés-actionnaires de la TAS (adhérents USTKE à 90 %). Gérard Jodar est le gérant de cette société au capital de 4,1 millions de francs. Il occupe le même poste au sein de la Société de transport particulier (STP), chargée notamment de la prise en charge des salariés TAS entre leur domicile et Tontouta (capital de 1 million). Enfin, il est le gérant de la société SCAJ, dont l’objet est le conseil juridique, notamment auprès de comités d’entreprise (capital de 1 million de francs).

 Fait-il vraiment grève ?


Lors du procès de mardi, l’avocat d’Aircal, Jean-Jacques Deswarte, a affirmé au tribunal que Gérard Jodar ne se mettait pas en grève à la TAS lors des grèves générales USTKE. Et qu’il continuait donc à percevoir son salaire.
« Je ne l’accepterais pas, si on me le proposait », nie l’ancien agent de fret, permanent syndical depuis 1992. « S’il y avait eu une instruction [au sujet des affrontements d’Aircal, NDLR], j’aurais présenté mes bulletins de salaire au juge. De toute façon, les comptables de la TAS sont adhérentes USTKE. Qu’est-ce qu’elles diraient aux militants si elles voyaient passer ça ? »

 Où en est-il avec le conflit Aircal ?


Aucune discussion n’a eu lieu entre la direction d’Aircal et l’USTKE, hier. Selon nos informations, le syndicat en appellerait à l’Etat pour lancer une nouvelle médiation, et ses relais métropolitains comptent en faire de même à Paris.
De son côté, Nidoish Naisseline, président du conseil d’administration d’Aircal, réaffirme sa volonté de négocier... après le 29 juin, le jour de la décision du tribunal au sujet des affrontements de Magenta.



Article ajouté le 2009-06-26 , consulté 55 fois

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